Nancy a 30 ans et le ventre qui pend: elle décide de subir une
chirurgie reconstructrice au
niveau de l'abdomen. Dans son cas, l'abdominoplastie aurait pu lui être remboursée
par la sécu mais elle a été très
mal renseignée: elle croit qu'elle ne sera pas prise en charge. Elle se connecte à une
agence de voyages spécialisée dans le
tourisme médical en ligne, persuadée de faire d'importantes économies.
On lui propose un acte chirurgical à 3 000 € en Tunisie. En France, la
même prestation lui aurait coûté 3 000 à 4 500 € selon les cliniques.
Mais elle croit faire une bonne affaire. Bien sûr, on ne lui parle pas
des frais annexes, ni des conditions de réalisation des soins. Sans
plus
attendre, elle s'envole pour la Tunisie.
L'opération a lieu le 25 août
2009 et se déroule normalement. Au total, elle a déboursé 4 950 € pour l'opération et les soins, voyage inclus. Malheureusement, le chirurgien a fait du très
mauvais travail. La plaie ne cicatrise pas, pire: elle se nécrose. Il la laisse pourtant reprendre l'avion dans cet état tout en
minimisant les dangers auxquels elle s'expose (embolie pulmonaire ou septicémie). A
bien y réfléchir, elle ne sait même pas s'il était qualifié. Elle a vu
ses diplômes, mais elle a aussi vu le résultat. Et si tout était faux?
A son retour en France, elle ne peut que constater qu'elle a de plus en
plus mal et que quelque chose ne va pas. L'incision a été effectuée
grossièrement, la plaie s'est rouverte et s'est surinfectée.
Sans être une grande spécialiste, elle voit bien que ce n'est pas
normal.
Elle
remue ciel et terre pour trouver un chirurgien qui
accepterait de la réopérer malgré les risques. Le premier la laisse
espérer puis se défile, la laissant en plant. Déception. Elle devait entrer le jour même en clinique pour se faire
opérer le lendemain mais l'anesthésiste a préféré reporter l'opération
car elle était grippée. La semaine d'après, la secrétaire lui annonce
que leur planning est surchargé et que l'opération prévue ne pourra pas
avoir lieu. Nancy s'étonne: est-ce parce qu'elle a précisé qu'elle est
bénéficiaire de la CMU? Elle comprend que hormis le fait qu'il
hésite à engager sa responsabilité, il ne travaille qu'en honoraires
libres. Son infirmière rappelle le service, là on lui
donne une
tout autre version: après réflexion, ce chirurgien viscéral a décrété
qu'elle devait consulter un chirurgien
plastique car il n'est pas compétent.
Elle
doit maintenant faire face à un double problème: soigner son infection et
trouver un chirurgien qui la sauve. Le deuxième lui annonce que la sécurité sociale ne
paiera pas pour ses soins car les suites de chirurgie esthétique ne
sont pas prises en charge. Et refuse lui aussi de la réopérer car son
état ne le permet pas. Son
ventre est noir, elle souffre le martyr et passe ses journées alitée. Sa cicatrice n'est
pas belle à voir et les écoulements
continuent. Elle s'inquiète. Lui aussi: il pense aux complications qui pourraient survenir.
Les problèmes s'accumulent. La sécu la lâche. C'est la loi: si elle tient à se faire réopérer, c'est elle qui devra tout payer de sa poche. Que va-t-elle devenir si elle ne peut pas trouver l'argent?
On parle de 15 000 € pour lui
rendre un abdomen acceptable. Bien évidemment, elle ne les a pas. Le
premier mois, les infirmières et les visites à l'hôpital sont prises en
charge par la CMU mais elle a peur que la sécurité sociale lui demande
le remboursement de ces sommes. Et rien ne dit que le médecin conseil
acceptera sa demande d'aide exceptionnelle car les caisses sont vides.
En tout, elle dépense 1 500 € en
médicaments et pansements dans le mois suivant son retour. Sur
ses ordonnances, le chirurgien n'oublie jamais de préciser: non remboursable. Suite d'acte hors nomenclature. Elle maudit la Tunisie et tout ce qui va avec.
De son côté, le charcutier qui l'a mutilée se défend d'être
coupable de
quoi que ce soit, prétextant que sa nécrose est due au tabac et qu'il
l'avait prévenue, ou rejetant la faute sur les
infirmières qui ne pratiqueraient pas les soins correctement.
Renseignements pris auprès de professionnels compétents, sa nécrose est
la conséquence logique d'une infection faisant suite à une opération
ratée (peau mal coupée, trop tirée,
de manière asymétrique) et à des mesures d'hygiène plus
qu'insatisfaisantes. Il ne répond plus aux emails qu'elle lui envoie. Il est loin et il
sait qu'elle n'a aucun recours. De toute manière, le service
après-vente n'est pas prévu au contrat.
Autant
le savoir avant de signer: parce qu'elle allée se faire opérer à
l'étranger, le recours à la justice est très difficile. Elle n'a pas pu
obtenir le support des associations car les opérations à
l'étranger ne sont pas de leur ressort, et pour les mêmes raisons,
l'ordre
des médecins ne peut pas l'aider non plus. Le siège de l'agence se
trouvant lui aussi en Tunisie, son dossier devient compliqué à plaider même pour
un bon avocat. De plus elle n'a ni l'énergie, ni l'argent, ni le temps.
Elle aimerait pouvoir se retourner contre cette agence qui l'a
envoyée à la boucherie. Mais la situation urge, elle doit aller à
l'essentiel. Elle sait qu'elle n'a plus droit à l'erreur: il y va de
sa survie.
Elle comprend qu'elle a pris de gros risques en confiant son corps à
cet homme qu'elle ne connaissait pas. Elle pensait pourtant s'être bien
renseignée en récoltant des témoignages de personnes
ayant été opérées par lui, toutes satisfaites, dont une très bonne
amie qui a subi une augmentation mamaire très réussie.
Elle est donc partie en toute confiance. Elle a encore de la chance
dans son malheur: elle aurait pu mourir. Elle a bien remarqué le manque
d'hygiène au niveau des soins post-opératoires: l'infirmière se lavait
les mains avec la savonnette de l'hôtel puis s'essuyait sur ses hanches
ou sur ses fesses. Hallucinant. Elle s'en veut mais c'est trop tard. Si elle avait
su! Les diplômes ne sont pas une
garantie, la preuve. A bon entendeur...
Ci-dessous la liste des diplômes affichés par le boucher de Nancy: • Diplôme de Doctorat de la faculté de Médecine de Tunis.
• Diplômé en Chirurgie Esthétique Plastique et Réparatrice.
• Inscrit au Conseil National de l'ordre des Médecins Tunisiens sous le Numéro xxxxx.
• Diplôme Universitaire de Microchirurgie. Université Paris XII.
• Diplôme Inter-Universitaire d'Anatomie Appliquée à la Chirurgie Plastique. Université René Descartes. Paris V.
• Attestation de Formation Spécialisée en Chirurgie Esthétique
Plastique et Réparatrice (A.F.S) Université Denis Diderot. Paris VII.
• Internat de Chirurgie Plastique de 2004 à 2006 au service de
Chirurgie Esthétique Plastique et Réparatrice de l'hôpital Henri
Mondor. Pr. Lantieri, Paris.
• Lauréat deuxième du rang, du Concours National 2006 pour
l'autorisation d'exercice de la profession de médecin étranger en
France, Spécialité Chirurgie Esthétique Plastique et Réparatrice.
• Depuis Octobre 2006 Assistant Attaché au service de Chirurgie
Esthétique Plastique et Réparatrice de l'hôpital Henri Mondor. Pr.
Lantieri, Paris.
• Membre de l'équipe de la deuxième transplantation mondiale de la face
effectuée le 21 Janvier 2007 au service de Chirurgie Esthétique
Plastique et Réparatrice de l'hôpital Henri Mondor. Pr Lantieri,
Paris.
http://cicatrice.blog.mongenie.com/ |